13 avril 2013

OGRE

                                                                                                          DR Denis Gregoire

Aujourd'hui, je reviens à mes premières amours: le nouveau cirque. Et dans la famille "néo-clown", je voudrais le grand-frère: Bonaventure Gacon. Sacré numéro, c'est le cas de le dire. Il a fait le CNAC et a tourné avec Plume, le Cirque Klotz et le Cirque Trottola (où il forme un puissant duo avec l'acrobate Titoune).
Bonaventure a crée ce solo de clown en 2001; je pense qu'il a largement ouvert la voie du "clown sale et méchant", depuis, Ludor Citrik, Jeanne Mordoj et Emma la clown ont contribué à la présence des monologues clownesques à la sauce freaks sur scène, et c'est tant mieux.
Par le boudu -c'est le titre du spectacle- c'est un clown terrifiant. Un ogre, un monstre qui se raconte, paisiblement, depuis sa grotte. Bon, il assassine, il crame, il boit, il mâche du verre, il frappe, certes. Mais qu'est-ce qu'il nous plaît! De l'ignoble du personnage émerge petit à petit la douce folie, la grande solitude puis la petite humanité. Et c'est nous; nos angoisses, nos frasques, nos mensonges, nos frustrations, dont on rit et dont on compatit au final. 
"J'erre dans la vie comme une catin sur son trottoir" commente-t-il, entre 2 poèmes et 3 cascades, avec ce ton si particulier qui le rend touchant et enfantin. Bonaventure Gacon arrive à nous faire rire de tout, avec brio (oui ils sont 2, hehe) et avec une fragilité déconcertante. 
Ca donne une envie furieuse de libérer le sale clown enfouit au -1 de notre cortex, ...mais sans la barbe.

> par le boudu par Bonaventure Gacon au Théâtre de la Cité Internationale, jusqu'au 4 mai 2013



7 avril 2013

YUKON


                                                                                                                                                                                      Yukonstyle / crédit DR

Samedi soir, le Théâtre de la Colline nous attend bras ouverts pour nous plonger en plein Yukon.
Le Yukon? Région-empire du nord du Canada, à la frontière de l'Alaska, où tout est "larger than life", comme ils disent, tsé.
La pièce Yukonstyle c'est un peu un bocal à poissons-rouges avec des glaçons a -50°; un peu de mazout dans l'eau pour les asphyxier, 1/4 de gin pour les enivrer et une baffle qui leur crache du Neil Young dans les branchies. C'est gai, quoi. 
L'auteur Sarah Berthiaume est donc canadienne et franchement son texte claque. Comme une porte battante: ça claque fort, c'est pas très agréable à l'oreille ; mais ça marque. L'emploi du franglais dans le texte est un vrai plus; on se sent vite transporté au pays des caribous; ouais tsé, ça te-tentes-tu d'aller fumer une smoke? 
Yukonstyle réunit sur scène 4 solitudes, 4 névrosés dans un grand tout où rien ne passe, à part le temps.. (ouais, mais près de 2h quand même). Il y a Yuko la japonaise venue au Yukon car on y trouve, statistiquement, le moins de japonais au mètre carré; son roomate Garin sévèrement en quête de racines; Dad's son paternel un peu imbibé, et il y a Kate la lolita trash et paumée. 4 as de pique pour une quinte flush haute en couleur. Ah, si, il y a aussi le corbeau, qui incarne un peu le Yukon, territoire-personnage a part entière.
Mise en scène vraiment enthousiasmante, par la "très prometteuse" (il parait...) Célie Pauthe; qui signe ici une très belle mise en espace, et des comédiens pile-poil, de justesse et de conviction. 
Après, j'avoue, faut avoir envie d'entendre parler de serial killer, de misère, d'avortement ou d'alcoolisme; ça peut paraître assez rebutant si on veut s'envoyer du baume au coeur. Mais la plongée dans le Yukon est une balade cinématographique; prenante, rude et aussi saisissante que le froid, tsé.

> au théâtre de la colline, jusqu'au 27 avril


30 mars 2013

DANTESQUE

 
                                                                                                Ary Scheffer - Fantômes de Francesca et Paolo apparaissant à Dante & Virgile, 1835


L'ange du bizarre - le romantisme noir de Goya à Max Ernst intrigue. L'exposition piste une influence artistique dark-dark-d'art étalée sur près de 3 siècles: le romantisme noir, qui épingle esprits, satanisme, torture, luxure, sorcellerie et autres pulsions animales ou destructrices. Vraiment charmant.
Car le Printemps avec son lot de fleurs en bourgeon -hein?-, de piafs qui gazouillent -quoi?- et de terrasses ensoleillées -you wish- nous ferait presque oublier nos racines scélérates de mammifères cannibales et cruels. Heureusement que le Musée d'Orsay est là pour nous mettre sous le nez nos plus vilains vices.
Tous les arts se rencontrent autour de la peur et de l'horreur: peinture, sculpture, arts graphiques et cinéma. Si les premières salles sont pleines de promesses niveau frissons et troubles en tout genre; la deuxième partie de l'expo, plus contemporaine déçoit un peu. La subversion retranscrite chez les dadaïstes et autres surréalistes apparaît un peu fade et lisse face aux sublimes œuvres perverses de Füssli ou de Scheffer (meurtres, adultères et cauchemars au choix). Par contre, voir ou revoir de courts extraits de Faust, de Frankenstein ou de Dracula est un régal: kitsch au possible et terrifiant sur les bords; on regrette que l'ensemble des films ne soient pas projetés, au crépuscule, dans un musée d'Orsay vide et hanté...
Cette expo vaut le détour aussi grâce à la présentation de nombreuses eaux-fortes de Goya, remarquables; et pour l'esquisse du Radeau de la Méduse par Géricault; mini format pour maxi effet.
Amateurs de mystère et de macabre.. hâtez-vous!

> jusqu'au 9 juin, Musée d'Orsay


24 mars 2013

KRUTA*


De passage a Moscou, j'ai découvert un lieu détonant, ouvert il y a 1 mois, et dont les moscovites peuvent être fiers. Le Gogol center est -s'il fallait trouver un pendant parisien- une sorte de 104 en format compact, un 10,4 donc. De la vieille pierre revisitée; mais une âme architecturale intacte; un esprit convivial où souffle la brise du numérique, un espace expo orienté écrans & co; une librairie indé où chiner du grand tout et du petit rien; et un bar où il fait bon vivre / boire / picorer / wifier / se rencontrer.. Mais c'est avant tout un théâtre, avec une programmation très actuelle théâtre-danse-musique et ça promet vraiment. 
Ce soir là, Anna Abelikhina danse avec Ivan Estegneev "pièce à vivre", duo mêlant chorégraphie et performances multimédias in vivo. Inclassable mais bigrement efficace, c'est le couple qui est observé, détaillé, mimé et disséqué par les deux danseurs. Un couple qui lutte, qui se construit dans le quotidien; face à un quotidien qui... les détruit? Au second plan, une cuisine, image numérique glaçante, leur sert de décor. Peu à peu le jeu s'engage entre les personnages et leur monde virtuel/réel. Le couple, sujet éternel, est abordé ici sans parole, et à mon sens cela gagne -en sens- justement. Aucun mot, mais des sensations, des huis-clos, des écoeurements d'âme, des doutes, des émotions, des heurts. Un corps à corps, très coeur à coeur, qui fonctionne comme une mise en transe; la programmation informatique expérimentale y est un outil bien maîtrisé et pas cliché au service de la chorégraphie de la russe Anna Abelikhina. Artiste associée aux Ateliers de Paris - Carolyn Carslon, vous pourrez sans nul doute bientôt l'applaudir a Paris / Cartoucherie de Vincennes. 

> june events à la cartoucherie
* semble exprimer en russe la satisfaction pleine et entière 

4 mars 2013

INSTANTANE


                                                                                                                    Photomontage, 1985 © 2000 Fondation Jean-Pascal Imsand/ProLitteris 

Qui connait le photographe suisse Jean-Pascal Imsand ? Franchement ?
Bon. On est d’accord. Dans le milieu photographique, la notoriété « grand public » semble suivre ses propres lois aritmé[dia]thique.
[donc]
Les clichés d’Imsand ne le sont pas, clichés ; et ça c’est plaisant.
Uniquement en noir & blanc pour cette exposition ; ça c’est cadeau.
Photographe & fils de photographe, Dolto se régalerait. Suicidé à 34 ans [mon âge, glups] ; ça renforce le mythe.
Imsand, un homme réservé, tourmenté. Et doué! Grand prix européen de la photographie – Arles 1988 ; pour ses assemblages oniriques entre inquiétude et poésie. Les images de ces photomontages sont bluffantes; et d’une technique irréprochable (due à sa formation d’imprimeur-lithographe).
Amoureux aussi. Il ne cessera de capturer sa femme, son inspiration, Sabina... Dans ses photos, elle apparait, disparait, pas toujours reconnaissable. Sa Gala, en somme.
Imsand photographie une brocante, ses passants, il capte l’humeur de sa ville Lausanne, & chaque jour immortalise la même rue… Extrêmement varié, son travail étonne par sa rigueur et la richesse de ses partis pris.
Cette exposition vaut aussi le détour pour découvrir la Maison de la Photographie Robert Doisneau, écrin de choix à la programmation pointue et revigorante.

> jusqu'au 12 mai à la Maison Doisneau