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20 juillet 2015

HUMANITE



                       Crédit DR
6. 
Six! 
C'est le nombre total de chances qu'il vous reste pour aller voir -ou revoir- Bestias de la Compagnie Baro d'Evel Cirk avant qu'elle ne s'évapore pour des contrées plus lointaines. Ni une, ni deux, vous avez tout juste le temps de finir ces lignes visant à vous convaincre entièrement, puis d'attraper le bus/vélo/poneydiesel pour rejoindre le si bucolique espace chapiteau de La Villette et de pénétrer dans l'antre circulaire et mystérieux de cette compagnie. Et là, la magie opérera durant 89 magnifiques minutes, qui tour à tour -de cirque- vous bouleverseront, émoustilleront, rendront hilares ou coi, ou que sais-je, vous verrez bien et c'est tant mieux.
 La compagnie signe ici son 7ème opus, et c'est un condensé d'émotions en tout genre. Nous naviguons à dos de cheval dans un univers mystique et guerrier, nous volons accompagné de 3 perruches et autres bêtes acrobates et rieuses pour atterrir dans une danse effrénée et hypnotique. Rien ne les arrête et nous non plus, rien de nous retient de venir les enlacer à la fin de la démonstration sous l'un des chaps' attenants. C'est bien ici que réside la force du cirque et de leurs bêtes de foire, plus ou moins humaines, c'est qu'elles s’immiscent dans nos têtes et ne quittent plus nos cœurs tout ragaillardis par tant d'humanité et de bestialité retrouvées. Et l'effet dure au delà des 45 minutes de métro du retour, c'est dire... Conclusion : réveillons la bête qui grommelle en nous et conjuguons-la au plus-que-parfait du Baro d'Evel sans plus tarder.
6! N'oubliez pas, six!


> jusqu'au 25 juillet à La Villette 




16 mars 2015

MEUTE



                                                                                                                                                                                              Crédit DR

Incontrôlables.
Ils sont 24, ou 37, on ne sait plus. Les chiens de navarre surgissent de partout et ne nous laissent aucun répit. On les croirait mille. Ils ne sont que 10. Dix fougues, dix furies, dix folies.
Le propos..? On ne saurait vraiment dire, oui la relation amoureuse, ou plutôt les affects dans nos petites vies du 21eme siècle, sont au centre de la réflexion (et autour aussi...). Les amours gonflés d'égo ou d'hypocrysie côtoient les sentiments naissants ou misérables, la sexualité "à perte" ou l'envie d'être aimé. Mais l'ensemble est emballé dans un grand fracas de scènes débridées, trash et toujours drôles. Si je peux vous donner un conseil, ne loupez pas le meilleur et arrivez tôt dans la salle. Déjà parce qu'elle est magnifique éclairée et surtout parce qu'il faut déguster le prélude de la pièce... N'en révélant pas plus, j'ai réellement trouvé cette compagnie fraiche et folle, dans tous les sens de tous les termes, et j'ai très envie de découvrir leurs précédentes œuvres: Une raclette, Quand je pense qu'on va vieillir ensemble, Regarde le lustre et articule,ou Pousse ton coude dans l'axe, notamment... 
"Les chiens de Navarre ne veulent surtout pas perdre le présent sur un plateau" et ils ont bien raison, c'est petit et fragile le présent. Il faut le dorloter, le cultiver et il deviendra grand, comme eux.


> jusqu'au 22 mars les armoires normandes aux Bouffes du Nord


10 mars 2015

BRISE



                                                                                                                                                                               Crédit DR Cie Rode Boom

Bonjour à toi - aujourd'hui on est fou- on est heureux - on respire l'air si léger et frêle de cette fin d'hiver - l'amorce douce du début dudit printemps - on ne se sait plus trop si mettre le gros pull côtelé ou le petit gilet fleuri- et c'est tant mieux- on est vivant et on fait des projets-si si -voilà on y est.
Et moi, toute hirsute que je suis, je me pointe présentement devant vous pour vous faire état des évènements qui m'évoquent de la "belle matière" en ce moment. Tout d'abord m'excuser de n'avoir pas su saisir le clavier assez tôt pour vous parler de mon ressenti sur Jeff (Koo-Koons), ni sur Marcel (Du-Duch'), tout autant que sur les parties fines du temps des geishas (ces coquinettes). Mais, je vous rassure, vu d'ici, vous n'avez rien perdu -ou presque-. 
Mais là, j'ai du beau, du bon, du bio dans mon panier culturel (oui la culture bio existe: elle est authentique, belle et généreuse) .... J'y vais??? 
On démarre les doigts dans la prise avec le festival Hautes Tensions où il ne faut pas manquer l'Homme Cornu de la Compagnie Rode Boom, qui porte bien son nom puisque ça BOOM dans tes mains (quand tu applaudis) et dans ton cerveau (quand tu t'es sers), & même le cœur n'en ressort pas indemne tant Kurt Demey nous chamboule... N'étant pas friande des jeux de manipulation mentale, je pensais rester totalement en dehors de cette joute psychologique, et finalement j'étais tellement à fond que j'aurais chéri l'idée d'être "l'élue", choisie parmi tous pour être manœuvrée par le grand maître ES épaules de cerf. Je lui aurais crié "ouvres-moi!" comme dans la chanson, mais in fine c'est moi qu'il aurait ouvert, tel un livre (à choisir je veux bien être un petit Gallimard de la rentrée littéraire) et il aurait TOUT su. Haaaan, mon dieu; finalement je préfère avoir assisté tranquillos à son rite de mentalisation depuis ma chaise. Pas courageuse, la Cailloux...  Toi aussi, sois brave et tente l'expérience avec l'homme cornu, et tu ne seras point déçu.
Nonobstant (je revendique la survie du nonobstantisme), si tu préfères sautiller sur ton siège plutôt que de te cacher vainement derrière l'anorak de ton voisin pour ne pas monter sur scène, alors Le show must go on de Jérôme Bel est bien pour toi. Chorégraphe réputé, cette pièce est l'une de ses plus emblématiques pour avoir gommé toute frontière entre danseurs amateurs et professionnels, et avoir mis en scène des tubes de la culture pop. Ça donne quoi? Une scène transformée en joyeuse piste de danse investie par des interprètes de tout poil qui s'éclatent "en live" option DJ, c'est complètement fou & c'est communicatif...
Je finis cette missive avec le bord des mondes, exposition-installation qui tente une réponse en œuvres du peut-on faire art de tout? Et bien, oui, ou plutôt non, ou plutôt on s'en fout, l'important est ailleurs.Comme on dit, l'enjeu d'une œuvre ce n'est pas de pouvoir ou non en parler, mais qu'elle nous parle, elle... Dans ce cheminement, Theo Jansen m'a bien parlé, ses créatures de bambou et de plastoque qui s'animent comme par magie face au vent sont invraisemblables. D'autres inventions semi-artistiques méritent le détour mais la majorité font plus sourire que réfléchir. J'ose tout de même vous la suggérer car la balade dans l'imbruglio de salles, couloirs, passerelles et recoins de ce palais vaut le tour, le détour ...et puis s'en vont.

> l'homme cornu bientôt au festival hautes tensions
> le show must go on au théâtre des amandiers
>  le bord des mondes au palais de tokyo




15 décembre 2014

TOBERNAC




                                                                                                                                                                        7 doigts de la main - Credit DR

Tabernacle, les québécots envahissent la capitale! J'en veux pour preuve la foule de propositions de nos collègues artistes canadiens, il pleut littéralement du québecots en cette fin d'année parisienne. 
Les 7 doigts de la main -qui finalement sont plutôt les 9 doigts de la main- vous reçoivent tous les soirs dans leur cuisine pour une popote entre potes. Leurs facéties circassiennes et acrobaties en tout genre envoient du lourd. La compagnie présente Cuisine & confessions, spectacle tout public, bien ficelé quoique très attendu, mais moins bling-bling que leurs précédentes créations. Se consomme donc facilement, léger à digérer, sans que ce soit de la haute gastronomie artistique mais plutôt un bon plat familial, parfaitement cuit, grâce à une recette maîtrisée du bout des 9 doigts. (facile)
Dans un style bien particulier, le québécois Alain Choquette est tout aussi impressionnant. Son truc à lui, ce n'est pas l'acrobatie du corps mais l'illusion des tours. Ma-gi-cien, métier respectable (ça rentre dans "profession intermédiaire" ça?), ici, point de close-up un peu poussiéreux ou de paillettes aguicheuse, Alain fait dans la poésie de la magie (si, si ça existe)… Des manipulations drôles et mystérieuses, une participation du public mesurée et des confidences toute en finesse forment un spectacle réussi et rafraichissant. Certains tours sont justes invraisemblables et on se refait le "shau" (comme dirait Alain le canadien) en sortant pour tenter une explication tangible de ce qui s'est produit sous vos yeux.. et sous vos applaudissements (Jacques Martin, sort de ce corps). 
Les canadiens sont plus que bienvenus dans nos contrées gauloises, ça souffle du squamish dans les colonnes Morris et sous les imperméables des boulevards Haussmann, conclusion c'est super le fun ct'affaire!

> cuisine & confessions des 7 doigts de la main à la Cigale jusqu'au 3 janvier
> alain choquette dans Drôlement magique à la Gaité montparnasse jusqu'en mai 2015






3 décembre 2014

CONIFERE

                                                                                                                                                                                                 crédit DR


Une fois n'est pas coutume, mon monologue digital s'épanchera aujourd'hui du côté des régalades de fin d'année et autres craquages de carte bleue asthmatique. Je veux parler de cadeaux de Noël option culture, vous l'aurez deviné. Le propos étant de creuser ce que, moi, modeste Cailloux sur l'autoroute culturelle, aimerait découvrir sous le conifère annuel (Pépito cette année - FYI). Et, par la même occasion, proposer des billes au plus sceptique d'entre nous, sceptique cherchant quand même à (se) faire plaisir.
Niveau lecture, j'opte pour Les vieux fourneaux (Tome 1 et 2): bande-dessinée cynique et caustique comme il faut pour contrebalancer les mièvreries de pré-réveillon. Ils sont vieux, chiants et nous font bien ricaner. Spectacle; pour une fois, je vous conseille un peu "d'humour" bien de chez nous, L'oeuf, la poule ou Nicole de et avec Nicole Ferroni, une fille juste drôle (j'aurais pu dire une fille juste et drôle, aussi) qu'on a le régal d'écouter chaque semaine sur france inter. Un petit concert qui traîne entre la bûche et le boudin? Oui, merci, ce sera sans hésiter Feu! Chatterton en février de passage à la capitale. Urgence, poésie et rythme se conjuguent à merveille, leur flamme sera durable, je l'espère.
Quoi, tu as encore faim de nourritures célestes, petit escargot gourmand de l'internet? Et ben, tiens, voilà t'as qu'a te faire toute l'intégrale de Gaspard Proust, chroniques en K7 vidéo, divix, dvd bien-sûr. 
Et puis pour bien te finir, je te propose en toute élégance, d'offrir du vin (mais du bon). Parce qu'avec,  tu offres la promesse d'une soirée aromatisée, de ravissantes découvertes pour ton palais, d'histoires sur des hommes et des femmes dits-de-terroir, bref quelque chose de bien vivant. Qui serait déçu d'ouvrir un magnum de Châteauneuf-du-pape 2005? Qui??? Pas Hirsute, … hips! Allez, hop, à Créteil...









24 novembre 2014

AMNESIS


                                                                                                                                           CR Piadecompiegne

En ce début de frimaire 2014, je prends mon index le plus averti pour pianoter joyeusement vers vous, chers hirsutiennes et hirsutiens. C'est que j'ai dans mon ballotin culturel quelques éléments dont je souhaiterais m'entretenir avec vous. Pour causer. Comme ça, pour rien. Le plaisir de converser sur l'internet, en somme. Une bêtise en soi. Mais qui m'enthousiasme. Bref. J'y viens.
Me pliant à l'illustre chanson "Trois petits tours et puis s'en vont", mon propos s'illustrera en trois mouvements d'intérêt croissant (c'est plus drôle). Et après je vous laisse tranquille, promis.
  Je démarre avec l'exposition Paul Durand-Ruel, sous-titrée "le pari de l'impressionnisme", que j'aurais moi-même renommée le pari de l'ennui (défi relevé haut la main), voire l'impression de l'arnaque. Et oui, cette expo cumule le fait d'être fadasse à souhait ainsi que d'être extrêmement courte & vraiment chère. Ensuite, si un méli-mélo de toiles impressionnistes vous attire, vous serez servi. Ce courant n'est pas mon favori mais là, c'est un peu le Carrefour de l'impressionnisme; tout est déballé sans scrupule. Polo avait une sacrée collec', croyez-moi, que je me dénigre point, j'aurais moi-même rêvé appartenir à la lignée Durand-Ruel pour m'offrir un petit Renoir, mais bon... Paul était donc galeriste et marchand d'art et soutenait allègrement le marché de ses artistes très originaux de l'époque. En cela, il a eu le nez fin le Polo. Si vous n'êtes pas un(e) addict du pointillé pastel, passez votre chemin.
Et, prenez le 27, direction Jeu de Paume. Là vous attend le ricain Garry Winogrand, soit une belle expo sur la vie américaine des années 50-70, avec bon nombre de tirages inédits. Les images sont admirables, vivantes, ironiques, sociales, politiques, elles rendent bien ce que cette époque évoque, des personnages hauts en couleurs (même en noir&blanc), des rues vibrantes et mystérieuses, des mouvements pris à la dérobée, des tranches de vie et d'histoire. Pourtant, une impression de "déjà-vu" me parcourt à la sortie de cette expo, cette esthétique à l'américaine -caractérisant cette période où la photographie acquiert ses lettres de noblesse made in USA- a été pas mal valorisée ces derniers temps et bizarrement, les expos se suivent et se ressemblent. Blasée la cailloux? Non, mais consciente qu'on nous impose un peu les mêmes visions, les mêmes regards artistiques "certifiés conformes".  
Pour se sortir de ce processus culturel un poil répétitif, rien de mieux qu'une soirée au Montfort, théâtre dont la programmation est définitivement étonnante et vivifiante. Le Projet Luciole, théâtre philosophique réussit à nous sortir de cette torpeur illico presto. Après un passage réussi à Avignon, Nicolas Truong nous balance sa sauce philosophique à la dramaturge, parsemée d'idées croquantes, d'aphorismes précuits et servis accompagnés de concepts fraichement ciselés. Un régal pour les papilles cérébrales; dérangeant et intriguant, cette pièce bouscule un peu le "bien-pensant" et nous donne quelques os philosophiques à ronger dans le tram du retour. Notre Héritage n'est précédé d'aucun testament, c'est dit (vous avez 4 heures). Pendant ce temps, Hirsute s'en va cueillir de nouvelles pâquerettes culturelles, mes hommages.

> Paul Durand-Ruel au Musée du Luxembourg
> Garry Winogrand au Jeu de Paume
> Projet Luciole





13 octobre 2014

MUST


                                                                                                                                                                               Eggleston DR

Salut. Hirsute Caillasse s'était un peu perdue dans les méandres de l'internet ces derniers temps (et puis elle avait enfanté aussi, faut dire), pourtant elle avait tout plein de propos dans son petit panier en osier estival et virtuel mais elle a tardé à vous en parler. Tant pis pour elle, toute polissonne qu'elle est, n'est-ce-pas (et puis, un peu tant pis pour vous aussi.) Donc, Hirsute pour vous servir, reprend du service dit "de rentrée". Qu'y a-t-il à se mettre sous la ratiche culturelle en ce moment?
De prime abord (< et wé, je me suis cultivée le vocabulaire), vous ne devriez pas louper l'exposition Wiliam Eggleston, "du noir & blanc à la couleur"... tout est dit, ou presque. Ce monsieur Eggleston a 75 automnes aujourd'hui (enfin, pas aujourd'hui hein, c'est pas son anniv à ce que je sache...). J'ai découvert son univers puisque j'ignorais tout de lui (y compris sa date d'anniv donc) grâce à cette exposition bien pensée, qui nous ouvre la porte sur un regard très spontané, une sorte de parti pris des choses qui semble l'emporter. Beaucoup de quotidien sur ces images; des cafés, des voitures, des détails -colorés ou pas-, des objets de-ci de-là, le tout emballé dans une immédiateté qui rend les photos très modernes. Le cadrage un peu brutal et les aplats de couleur révèlent bien une époque et un style, l'instantané selon Eggleston: percutant! L'expo est courte (trop?) donc cela n'empiète même pas sur votre après-midi course à pied / course chez Leroy Merlin / course chez le dentiste et le conservatoire. Du nickel chrome en 400 asas.
En second lieu (< t'as vu ça?), je ne saurais trop vous encourager à traîner du côté des ex-Pompes funèbres pour voir Matamore, fusion de 2 compagnies de nouveau cirque le Cirque Trottola et le Petit Théâtre Baraque, pour une corrida circassienne de haut vol. Bien plus décadent et surprenant que le Cirque Plume à La Villette qui s'apparente en ce moment plus au boulet qu'à la légèreté.. 
Somme toute (< la classe..), je clos ce post en vous parlant de Katsushika, le bien nommé Hokusai, qui est trop célèbre pour sa vague et pas assez pour ses estampes, alors vite ni une ni deux, on file au Grand Palais crier aligato gosaimas face à tant de délicatesse et de raffinement. 
Bientôt, plein de belles choses pour poursuivre l'automne sans que ça ronronne' ! (< et wé, j'aime la poésie)

Salutations calcaires,
Melle Cailloux


> William Eggleston à la Fondation Henri Cartier-Bresson
> Matamore au 104
> Hokusai au Grand Palais






29 mai 2014

VISAGES

                                                                                                                                                                                       Credit DR

Faut-il anticiper, lire, se préparer pour bien imaginer le type de spectacle qui va prendre vie sous nos yeux ? Ou bien, arriver, poussé par une curiosité, un commentaire, un conseil, un hasard et se laisser surprendre sans trop chercher à savoir... C'est le dilemme que j'expérimente régulièrement, tiraillée entre le fait d'en savoir beaucoup et de m'inonder d'un contexte, d'un travail, d'une démarche ou l'envie de me présenter innocente, sans à priori ni idées préconçues, toute neuve en émotion. Je virevolte entre les 2, parfois hyper informée, parfois complètement paumée.
En décidant d'aller voir pour la première fois Maguy Marin, célèbre chorégraphe, j'ai adopté illico le parti d'y aller les yeux fermés (hormis dans le tram, bien-sûr). 
Alors bien-sûr je m'attendais un peu à de la danse, ou au moins à une forme marquée par de lointains fondements chorégraphiques... que dalle.
Il faut avoir à l'esprit que la discipline se transcende aujourd'hui à la vitesse où le burger de base est devenu le it-sandwich du moment: foume d'ambert, roquette, veau. Plus rien a voir avec ladite recette originelle. Itou pour Maguy (te vexe pas), elle nous propose quelque chose d'inclassable et au final, ça a peu d'importance, tant que le goût y est, n'est-ce-pas?
Avec Singspiele, il y a plus que le goût, il y a la saveur de se confronter à une forme inédite qui d'emblée subjugue. Son unique interprète, y incarnera chacun de nous, et jonglera avec nos différences et nos similitudes à la force du corps, véritable pâte à modeler de vies. C'est incroyable comme le dispositif utilisé est simple et puissant; et tandis qu'une foule de personnages tantôt inquiétants ou dérisoires existent devant nous; on jubile du pouvoir des ficelles du spectacle sur notre raison: oui j'ai vu une centaine d'hommes et de femmes différents évoluer devant moi sur scène, ils partageaient peut-être le même corps, je n'en suis même plus sûre...


> jusqu'au 7 juin, au Théâtre de la Cité Internationale



16 mars 2014

REINVENTER

                                                                                                                                                     Compagnie Turak - Credit DR - Subsistances
Un homme (moitié fou-moitié barge) crée en 1985 un pays rêvé, la Turakie septentrionale, située proche de l’épaule nord. La compagnie Turak était née, Michel Laubu son concepteur. La Turakie, continent-civilsation, est peuplée d'êtres à un bras et 2 têtes : des créatures marionnettiques un poil bricolées, un peu freaky où le pingouin est roi. L'univers de Turak m'a toujours ravi, aussi depuis une dizaine d'années je suis et je traque leurs passages en Ile-de-France ; attrape mon passeport turakien et vole à la rencontre de ses individus absurdes et curieux. En ce moment, le vaisseau fantôme Turak a amarré au TGP de Saint-Denis avec son Import'Nawouak Turakian Folklorik Orke'Stars - IFTO qui met en scène une sacrée équipée de musiciens turakiens. 
En Turakie, chaque jour qui passe est un morceau de carton qui ondule (proverbe turakien). Et chaque minute une volée de papillons mécaniques qui rugit... pourrait-on poursuivre. Des idées malicieuses en cascade, des objets qui respirent, des inventions charmantes et farfelues ; le travail de la compagnie oscille entre marionnettes et théâtre d'objet avec subtilité et humour. Ici, on se régale du jeu des manipulateurs, tous excellents, pour donner chair a ses vétérans du cor turakien et de la grosse caisse septentrionale. Turak ne déçoit pas, longue vie à la Turakie Libre!

> jusqu'au 30 mars au TGP




8 février 2014

HORIZONS

                                                                               Phia Menard - Cie Non Nova- Vortex, CR Jean-Luc Beaujault

Impardonnable je suis, de vous avoir fait loupé en silence, quelques propositions qui, j'en suis sûre, vous aurez mis fort aise. Veuillez excuser cette absence momentanée de l'internet, Mademoiselle Cailloux pour vous servir, reprend du service. 

Vous auriez probablement tremblé tel le spectre du roi dans La Tragédie d'Hamlet, par Dan Jemmet à la Comédie Française. Un Podalydes convaincant dans une mise en scène jubilatoire tant le foutraque côtoie le mythe shakespearien (Ophélie meurt aux toilettes, Hamlet tague to be or not to be à côté d'un distributeur Durex, tournoi de la Champion's league a la TV...). Du beau n'importe quoi tenu par des comédiens hors pair (sauf Ophélie, désolée chérie). Dommage, donc.

M'auriez-vous suivi au delà de nos frontières pour déguster quelques clichés au poil de ce cher Martin Parr? Il eut fallu aller Only in England, comme le porte bien le titre de cette expo londonienne, pour découvrir cette sélection large des photographies de Parr et du photographe anglais Tony Ray-Jones, qui a ouvert à Parr la voie d'un style, presque d'un parti pris: entre documentaire social et regard artistique. C'est cocasse et étonnamment vivant, de la très grande photographie en somme. Plus au sud, j'aurais aimé vous entraîner au Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid lors de l'exposition El surrealismo y el sueno (le surréalisme et le rêve) qui défriche pour la première fois le lien entre le courant artistique du surréalisme et le thème onirique du rêve, des fantasmes en tout genre et des habitants notoires de nos sommeils, qu'ils soient obscurs, doux ou débridés. Par essence, lieu de "tous les possibles" le rêve ou le cauchemar semblent majeurs dans bon nombre d'oeuvres de Dali, Magritte, Ernst, Cahun, Redon ou Miro; dévoilées à nos yeux endormis sous ce jour nouveau, un doux songe. Dommage, donc.

Du coup, auriez-vous pu résister à la visite de "La renaissance et le rêve", au Musée du Luxembourg, pendant moyenâgeux de la vision du Thyssen. Les facéties surréalistes sont remplacées par des Vénus endormies et autres Cupidons ronfleurs au contact du divin. Représenter l'irreprésentable est un pari osé mais ces expos à double entrée thématique me ravissent, je le dis. Dommage, donc.

Je me sens tout autant piteuse en pensant que je ne vous ai pas invité à courir voir la Compagnie Ivan Mosjoukine avec De nos jours, Notes on the circus au 104, petit bijou d'absurdité, de cirquerie sans queue ni tête et de moments qui nous hissent en haute lévitation. Dommage, donc.

Toutefois, pardonnable je suis de vous avoir épargné mes plaintes rageuses et frustrées suite au catalogue de Camille Boitel, proposé par le Théâtre de la Cité Internationale. Cet artiste, acrobate primé que je suis à la trace depuis Jeunes Talents Cirque 2003, qu'il avait remporté à juste titre avec une ébauche du futur magnifique spectacle L'Homme d'Hus, avait ici carte blanche pour construire-déconstruire in situ son monde vacillant et bancal. L'effondrement qu'il affectionne tant s'exprime d'abord avec sa Conférence sur la jubilation, grand monologue puissant mais un peu catastrophique qui hésite à nous plonger dans l'ennui ou pire, dans le rien. S'en suit le terrible Cabaret calamiteux, qui met en scène je cite "la ruine des hommes et des choses". Sic. Que dire? Quel désenchantement d'avoir plus de 10 artistes de talent sur scène dans une création aussi inconsistante. J'en reste coi. Dommage ?

Bon, tout ceci dit, que nous reste-t-il à nous mettre sous la pré-molaire en ce joli mois de février me susurrez-vous à voix basse ? (oui, vous êtes polis, vous parlez tout doucement)
Ce à quoi je réponds: t'inquiète, poussin; ya de quoi faire.
Vous pouvez (comme quelques autres 12 000 spectateurs) découvrir Le porteur d'histoire mise en scène par Alexis Michalik, drôle de saga théâtrale extrêmement bien ficelée quoiqu'un peu boulevard sur les bords; mais dont le double (voir triple) niveau de lecture mérite amplement le détour ! Ou comment mélanger le désert algérien, les frasques d'Alexandre Dumas, des passions secrètes et le pouvoir de la littérature dans un combo épique soutenu par une troupe de haute volée. 

Mais aussi, voir Phia Ménard dans le singulier Vortex où l'ex-jongleur, nouvellement jongleuse, domine le vent comme on lutterait pour dominer d'autres éléments déterminants de l'existence : corps et identité renaissants; une gravité troublante et sincère, un spectacle rare. 

Enfin, un petit tour à la galerie Polka et puis s'en va, à l'occasion de l'exposition Pastoral du photographe russe Alexander Gronsky. Autant sinistres qu'émouvantes, ses photographies parlent d'un quotidien russe qu'on n'imagine pas, fait de vide, d'immensité et de détails incongrus... Un regard très fin, très esthétique sur la réalité sourde et bétonnée de la Russie actuelle. 

A votre service,
Hirsute


> le porteur d'histoire au Studio Champs-Elysés
> vortex au Théâtre de Colombes
> pastoral à la Galerie Polka













4 septembre 2013

ITINERAIRE

                                                                                                                                                                      Comp. Marius, credit HC

Bonjour chez toi,

Je t'envoie aujourd'hui une carte postale post-estivale de fabrication française ET artisanale.
(ET virtuelle, OUI), mais la présence de timbre la rendrait-elle plus timbrée, je ne crois pas... #ha. 
Les congés payés c'était bien, vraiment. Je me suis un petit peu reposée de toi et je suis allée courir d'autres lièvres artistiques fort réjouissants! Je ne te parlerais pas des crustARTcés pas très frais et autres ratades culturelles intempestives, mais plutôt des oeuvres appréciées sur la route des vacances :
        Démarrons avec Peeping Tom et leur 32 rue Vandenbranden qui, dans le cadre de Paris Quartier d'été, campait une sorte de messe noire chorégraphiée proche de l'univers absurde et obscur de David Lynch. Portrait glacial et décadent d'un voisinage en proie à tous les vices : voyeurisme, adultère, commérages, jalousies, lynchages et meurtres, ravissant. Une sorte de "Fête des voisins" belge en condensé! Outre le récit un brin horrifiant -et pas si riche- je suis restée coi/quoi devant les phases chorégraphiées et interprétées magistralement. De l'art de la dés-art-iculation! 
       Poursuivons avec la parenthèse enchantée de Chalon, lors du festival Chalon dans la rue; évènement annuel du microcosme des arts du cirque et de la rue. 5 jours de spectacles dehors, dedans, du in, du off, du cirque, de la rue, du n'importe quoi, du français, du pas français; presque TOUT ce qu'on peut imaginer peut arriver à Chalon. Et oui. Si vous aviez su ça avant, n'est ce pas... (temps de réserver sa double avec petits-dej pour l'an prochain). Sur ce que j'ai vu, je retiens la pépite belge; Comp. Marius avec Le Schpountz. Cette récente création n'a pas déçue l'amatrice que je suis du travail de cette compagnie, qui prend un joli plaisir (et qui en donne) à interpréter "à leur façon" les grands classiques du populaire et provençal MarcelleuPagnol'. Le récit nous est servi à la sauce flamande dans toute sa richesse de langage, d'accent et d'expressions toniques qui font sourire du début à la fin. Une merveille.
         Terminons avec le traditionnel festival francilien rock de la fin du mois août. Rock en seine a plutôt brillé cette année avec de jolies découvertes et un plaisir non feint. Courrez écouter les gentils espagnols qui disent bonjour à tout le monde Hola a todo el mundo, des mélodies pop electro généreuses. Dansez sur Kid Noize (sauter est même envisageable grâce au belge), et vibrez avec Fauve, le seul vrai petit félin qui vous fait du bien quand il vous mord.
Voilà, toutes ces conneries avec du soleil dedans c'est fini. En plus, il y avait beaucoup trop de belges dans cette affaire. Il est grand temps de revenir vers les traditionnels "évènements culturels" de la rentrée, dont je nous entretiendrais très vite.

Allez, bien a toi,

Hirsute.

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27 juin 2013

TRACAS-STROPHES

                                                                                                          Credit photo Giovanni Cittadinesci
Après XU (n.m: Objet bien rangé mais où?) et OZU (n.m: Objet qu'on vient de retrouver et qu'on perd aussitôt), voici UGZU (n.m: urne dont on ne sait pas quoi faire une fois les cendres dispersées). Dix années après le premier tome du Baleinié (Dictionnaire des tracas de la vie quotidienne) qui accompagne chacune de leur pièce, nos trois comparses, je cite, Christine Murillo, Grégoire Oestermann et Jean-Claude Leguay sont de retour pour nous conter petits bonheurs passagers et grands tracas du quotidien. 
Pendant 1h20, ils dissèquent les moments les plus cocasses de nos existences et les classent en deux catégories: joies furtives et contrariétés banales mais déplaisantes. De ces listes découlent l'invention farfelue d'un nouveau mot les désignant; on a donc une carquinade j'ai nommé "l'histoire drôle où tout le monde rit, mais où finalement tout le monde avait compris autre chose". Un embouteillage trop fluide pour pouvoir se remaquiller? Ce sera l'afabassu. S'en suivent des grands discours sur les phrases qu'on ne dira jamais: "J'ai vraiment été déçu par l'Antarctique."; "C'est un peu large, vous l'auriez en 34?" et autres "Je m'appelle Noémie". C'est absurde, mais si drôle. Impossible de se lasser de leurs jeux de mots et boutades un peu intellos (de loin seulement..)
Rire, presque nerveusement, à chaque nouveau calembour est un plaisir utile et nécessaire au moins 1 fois l'an; je le recommande vivement! Poursuivre chez soi avec la lecture du Baleinié (tome 1, 2, 3 et 4) et vous voilà pourvu d'au moins 7 équinoxes de vie supplémentaire, foi d'Hirsute.
Sur ce, je vais tenter un double-riquesta: tentative d'aplatissement extrême pour se glisser entre deux tables de restaurant, voire un ousse-double-riquesta: ... avec gros manteau ou gros fessier, et m'extraire de ce labo. 
Mes hommages, et filez vite au Rond Point! -au lieu de traîner sur l'internet-...

> jusqu'au 30 juin au Théâtre du Rond Point




14 mai 2013

IMPERTINENCE


                                                                                                                                                                              Crédit DR

Il est des poètes dont on ne saurait se lasser. Serge Gainsbourg est assurément à classer dans cette catégorie, aussi impertinent soit-il...
On doit au Quartet Gevrey Chambertin (au nom si doux et évocateur...) le plaisir de se (re)plonger dans le repértoire de Gainsbourg, en vers et en notes, pendant 1h20 de concert avec Gainsbourg moi non plus. La performance du quartet c'est qu'il n'y en a pas justement... de "performance"! Pas question de singer l'animal ou de faire le show, leur concert est un réel Hommage à l'artiste, en mode 100% Gainsbarre. Les textes sont bien interprétés, c'est musicalement pétillant et vocalement subtil, même si Oui, le timbre de Zoon Besse, leader du groupe, est quand même très impressionnant... Il est un peu "si loin-si proche" de Gainsbourg, en somme (c'est clair là, hein?).
J'ai pu entendre ce soir-là certains textes pour la première fois, un délice d'humour et de cynisme, l'homme a inventé Dieu, l'inverse reste à prouver. La scénographie est très simple (simpliste?) mais le tout fonctionne à coup de bonne humeur et de malices musicales. Finalement le concert du Quartet est un bon spectacle musical et populaire à mettre entre toutes les bonnes oreilles, il semble résonner en chacun, au vu de la diversité du public, radieux. Le langage de Serge toucherait-il à un petit je-ne-sais-quoi d'universel??? Le snobisme c'est une bulle de champagne qui hésite entre un rot et un pet. 
A la tienne.

> jusqu'au 30 juin 2013, à l'Européen

30 avril 2013

400


                                                                                                                                                                     Crédit DR Ghislain Dorglandes
Yves Klein l'a écrit, le spectacle de l'avenir c'est une salle vide, et plus de salle du tout. 
Les Sans Cou ont, à mon sens, touché cette vérité avec leur septième création "j'ai couru comme dans un rêve" qui, même si jouée en salle, va au-delà de bon nombre de postulats théâtraux pour crever l'écran / la scène / le rideau / le public. 
Martin va mourir (rien d'étonnant, comme chacun de nous aux dernières nouvelles), mais lui, c'est imminent, la maladie va l'emporter alors que sa descendance est toute fraîchement en route. Dans cette situation un poil extrême et dramatique, les Sans Cou tissent un méli-pas-mélo de formes théâtrales toutes aussi percutantes que poignantes. 
La puissance des Sans Cou, c'est d'imiter terriblement bien la Vie. A chaque instant de ces 150 courtes minutes, on se dit que tout peut arriver, sur le plateau et hors plateau. Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas, on rit souvent, on pleure parfois, et on suit Martin dans cet ouragan qu'est la vie: Life is a killer, il paraitrait... Et oui. 
Nous voulons un théâtre en mouvement, un théâtre de l'inattendu, un théâtre en rupture, incontrôlable, un théâtre vivant! Cette variation théâtrale sur un même thème (?) est si réussie que leur formule semble simple et évidente. Avec très peu de moyen, ils arrivent a crier l'essentiel: l'urgence d'être, l'instinct de résister. Pourquoi le théâtre ne nous parle pas ainsi chaque fois? Selon les Sans Cou, le théâtre est un sas qui permet au spectateur de mieux revenir au monde, avec un regard différent, transformé. 
Et vivant et transformé, on se sent! Foi d'Hirsute, comme dans un rêve...

> compagnie Les Sans Cou, en tournée


13 avril 2013

OGRE

                                                                                                          DR Denis Gregoire

Aujourd'hui, je reviens à mes premières amours: le nouveau cirque. Et dans la famille "néo-clown", je voudrais le grand-frère: Bonaventure Gacon. Sacré numéro, c'est le cas de le dire. Il a fait le CNAC et a tourné avec Plume, le Cirque Klotz et le Cirque Trottola (où il forme un puissant duo avec l'acrobate Titoune).
Bonaventure a crée ce solo de clown en 2001; je pense qu'il a largement ouvert la voie du "clown sale et méchant", depuis, Ludor Citrik, Jeanne Mordoj et Emma la clown ont contribué à la présence des monologues clownesques à la sauce freaks sur scène, et c'est tant mieux.
Par le boudu -c'est le titre du spectacle- c'est un clown terrifiant. Un ogre, un monstre qui se raconte, paisiblement, depuis sa grotte. Bon, il assassine, il crame, il boit, il mâche du verre, il frappe, certes. Mais qu'est-ce qu'il nous plaît! De l'ignoble du personnage émerge petit à petit la douce folie, la grande solitude puis la petite humanité. Et c'est nous; nos angoisses, nos frasques, nos mensonges, nos frustrations, dont on rit et dont on compatit au final. 
"J'erre dans la vie comme une catin sur son trottoir" commente-t-il, entre 2 poèmes et 3 cascades, avec ce ton si particulier qui le rend touchant et enfantin. Bonaventure Gacon arrive à nous faire rire de tout, avec brio (oui ils sont 2, hehe) et avec une fragilité déconcertante. 
Ca donne une envie furieuse de libérer le sale clown enfouit au -1 de notre cortex, ...mais sans la barbe.

> par le boudu par Bonaventure Gacon au Théâtre de la Cité Internationale, jusqu'au 4 mai 2013



7 avril 2013

YUKON


                                                                                                                                                                                      Yukonstyle / crédit DR

Samedi soir, le Théâtre de la Colline nous attend bras ouverts pour nous plonger en plein Yukon.
Le Yukon? Région-empire du nord du Canada, à la frontière de l'Alaska, où tout est "larger than life", comme ils disent, tsé.
La pièce Yukonstyle c'est un peu un bocal à poissons-rouges avec des glaçons a -50°; un peu de mazout dans l'eau pour les asphyxier, 1/4 de gin pour les enivrer et une baffle qui leur crache du Neil Young dans les branchies. C'est gai, quoi. 
L'auteur Sarah Berthiaume est donc canadienne et franchement son texte claque. Comme une porte battante: ça claque fort, c'est pas très agréable à l'oreille ; mais ça marque. L'emploi du franglais dans le texte est un vrai plus; on se sent vite transporté au pays des caribous; ouais tsé, ça te-tentes-tu d'aller fumer une smoke? 
Yukonstyle réunit sur scène 4 solitudes, 4 névrosés dans un grand tout où rien ne passe, à part le temps.. (ouais, mais près de 2h quand même). Il y a Yuko la japonaise venue au Yukon car on y trouve, statistiquement, le moins de japonais au mètre carré; son roomate Garin sévèrement en quête de racines; Dad's son paternel un peu imbibé, et il y a Kate la lolita trash et paumée. 4 as de pique pour une quinte flush haute en couleur. Ah, si, il y a aussi le corbeau, qui incarne un peu le Yukon, territoire-personnage a part entière.
Mise en scène vraiment enthousiasmante, par la "très prometteuse" (il parait...) Célie Pauthe; qui signe ici une très belle mise en espace, et des comédiens pile-poil, de justesse et de conviction. 
Après, j'avoue, faut avoir envie d'entendre parler de serial killer, de misère, d'avortement ou d'alcoolisme; ça peut paraître assez rebutant si on veut s'envoyer du baume au coeur. Mais la plongée dans le Yukon est une balade cinématographique; prenante, rude et aussi saisissante que le froid, tsé.

> au théâtre de la colline, jusqu'au 27 avril


24 mars 2013

KRUTA*


De passage a Moscou, j'ai découvert un lieu détonant, ouvert il y a 1 mois, et dont les moscovites peuvent être fiers. Le Gogol center est -s'il fallait trouver un pendant parisien- une sorte de 104 en format compact, un 10,4 donc. De la vieille pierre revisitée; mais une âme architecturale intacte; un esprit convivial où souffle la brise du numérique, un espace expo orienté écrans & co; une librairie indé où chiner du grand tout et du petit rien; et un bar où il fait bon vivre / boire / picorer / wifier / se rencontrer.. Mais c'est avant tout un théâtre, avec une programmation très actuelle théâtre-danse-musique et ça promet vraiment. 
Ce soir là, Anna Abelikhina danse avec Ivan Estegneev "pièce à vivre", duo mêlant chorégraphie et performances multimédias in vivo. Inclassable mais bigrement efficace, c'est le couple qui est observé, détaillé, mimé et disséqué par les deux danseurs. Un couple qui lutte, qui se construit dans le quotidien; face à un quotidien qui... les détruit? Au second plan, une cuisine, image numérique glaçante, leur sert de décor. Peu à peu le jeu s'engage entre les personnages et leur monde virtuel/réel. Le couple, sujet éternel, est abordé ici sans parole, et à mon sens cela gagne -en sens- justement. Aucun mot, mais des sensations, des huis-clos, des écoeurements d'âme, des doutes, des émotions, des heurts. Un corps à corps, très coeur à coeur, qui fonctionne comme une mise en transe; la programmation informatique expérimentale y est un outil bien maîtrisé et pas cliché au service de la chorégraphie de la russe Anna Abelikhina. Artiste associée aux Ateliers de Paris - Carolyn Carslon, vous pourrez sans nul doute bientôt l'applaudir a Paris / Cartoucherie de Vincennes. 

> june events à la cartoucherie
* semble exprimer en russe la satisfaction pleine et entière 

25 février 2013

CONTENEUR

                                                                                                                                                                                Crédit DR Ktha Compagnie

Il reste encore 1 mois avant de pouvoir argumenter que "C'est le printemps, allons prendre l'air"; vé-ri-di-que. Il ne nous reste donc plus qu'1 mois pour aller s'enfermer dans des conteneurs exigus et obscurs, chouette!!! Filer dans le 11ème arrondissement de la capitale pour voir la Ktha Compagnie est donc hautement recommandable. Ils présentent 2 spectacles de rue de conteneurs, dont le premier "Est-ce que le monde sait qu'il me parle?" m'a vraiment interpellé (d'ailleurs, je serais tentée de lui répondre: Monde, parle un peu plus fort stp, merci). 
Dans leur mise en scène, l'espace (un authentique petit conteneur contenant maximum 30 personnes), le temps (un format saccadé et prenant) créent une ambiance très spéciale et presque hypnotisante. S'ajoute le propos de la Compagnie: nos vies sont rythmées (...malgré nous?) par une pagaille d'informations, de recommandations, de prescriptions, de messages ordinaires, presque invisibles... et pourtant, ils s'empilent dans nos têtes et dans nos quotidiens jusqu'à parfois sembler en prendre le contrôle. Avec cette forme déstabilisante, la Compagnie Ktha arrive mine de rien à condenser toute la banalité et la vacuité de certains aspects de nos existences d'occidentaux "bien-lotis" et ce, sans morale ni propos faciles: jolie pirouette! On en sort, un peu plus conscient de ce qu'on nous fait avaler jour après jour; et cette pause théâtralisée "pas comme les autres" reste fortement ancrée dans nos mémoires. Deux ans après l'avoir vu, voyez, je reste encore en émoi.
Leur second spectacle "Je suis une personne" m'a bien moins plu; mais avis aux curieux et aux amateurs d'acrobaties philosophiques.

>  jusqu'au 3 mars devant la Mairie du 11ème, place Léon Blum & des infos sur la Compagnie Ktha ici

10 février 2013

BAGUETTE

                                                                                                                                           Crédit DR H.C
...magique?
Fills Monkey détient le pouvoir de nous pêcher après une dure journée de labeur et de la transformer en badaboum-tsoing-tsoing; ce spectacle musical autant qu'humoristique est une vraie découverte, pour qui veut jouir d'une franche partie de divertissement rythmique (tchk-tchk / tchk-tchk/ tchk-tchk).
Fills Monkey est donc un duo de musiciens-batteurs; les deux accusés étant déjà passibles de références musicales de haute voltige (avec le groupe No one is innocent notamment). 
Heureusement pour nos oreilles, nous n'assistons pas à une performance-battle de batterie (ouf!), tsiiiing-tsiiing-tsiiiing'; ce serait si ennuyeux pour des novices. Non, Fills Monkey a l'espièglerie de jouer & de dé-jouer de l'instrument pour en explorer toutes les facettes comiques. Match de tennis, obsessions et névroses rythmiques, jongleries loufoques, ou, le must à mon sens, l'air-batterie... La mise en scène potache fonctionne très bien et ce bric-à-brac foutraque fait de weeeez-weeeez et de bang-bang nous fait sourire; voire franchement rire. 
Ces deux athlètes de la percu ont un fort potentiel de sympathie; alors je ne saurais trop vous conseiller d'aller vous faire cling-cling les oreilles lors de cet Incredible drum show.

> en tournée, au Sentier des Halles & le site des Fills Monkey ici