4 septembre 2013

ITINERAIRE

                                                                                                                                                                      Comp. Marius, credit HC

Bonjour chez toi,

Je t'envoie aujourd'hui une carte postale post-estivale de fabrication française ET artisanale.
(ET virtuelle, OUI), mais la présence de timbre la rendrait-elle plus timbrée, je ne crois pas... #ha. 
Les congés payés c'était bien, vraiment. Je me suis un petit peu reposée de toi et je suis allée courir d'autres lièvres artistiques fort réjouissants! Je ne te parlerais pas des crustARTcés pas très frais et autres ratades culturelles intempestives, mais plutôt des oeuvres appréciées sur la route des vacances :
        Démarrons avec Peeping Tom et leur 32 rue Vandenbranden qui, dans le cadre de Paris Quartier d'été, campait une sorte de messe noire chorégraphiée proche de l'univers absurde et obscur de David Lynch. Portrait glacial et décadent d'un voisinage en proie à tous les vices : voyeurisme, adultère, commérages, jalousies, lynchages et meurtres, ravissant. Une sorte de "Fête des voisins" belge en condensé! Outre le récit un brin horrifiant -et pas si riche- je suis restée coi/quoi devant les phases chorégraphiées et interprétées magistralement. De l'art de la dés-art-iculation! 
       Poursuivons avec la parenthèse enchantée de Chalon, lors du festival Chalon dans la rue; évènement annuel du microcosme des arts du cirque et de la rue. 5 jours de spectacles dehors, dedans, du in, du off, du cirque, de la rue, du n'importe quoi, du français, du pas français; presque TOUT ce qu'on peut imaginer peut arriver à Chalon. Et oui. Si vous aviez su ça avant, n'est ce pas... (temps de réserver sa double avec petits-dej pour l'an prochain). Sur ce que j'ai vu, je retiens la pépite belge; Comp. Marius avec Le Schpountz. Cette récente création n'a pas déçue l'amatrice que je suis du travail de cette compagnie, qui prend un joli plaisir (et qui en donne) à interpréter "à leur façon" les grands classiques du populaire et provençal MarcelleuPagnol'. Le récit nous est servi à la sauce flamande dans toute sa richesse de langage, d'accent et d'expressions toniques qui font sourire du début à la fin. Une merveille.
         Terminons avec le traditionnel festival francilien rock de la fin du mois août. Rock en seine a plutôt brillé cette année avec de jolies découvertes et un plaisir non feint. Courrez écouter les gentils espagnols qui disent bonjour à tout le monde Hola a todo el mundo, des mélodies pop electro généreuses. Dansez sur Kid Noize (sauter est même envisageable grâce au belge), et vibrez avec Fauve, le seul vrai petit félin qui vous fait du bien quand il vous mord.
Voilà, toutes ces conneries avec du soleil dedans c'est fini. En plus, il y avait beaucoup trop de belges dans cette affaire. Il est grand temps de revenir vers les traditionnels "évènements culturels" de la rentrée, dont je nous entretiendrais très vite.

Allez, bien a toi,

Hirsute.

> le site de Peeping tom 
> le festival chalon dans la rue
> la musique de bonjour tout le monde
> les bam-bim-tssing de kid noize





28 juillet 2013

QUARANTE



                                                                                                                                                            Crédit DR

Je viens d'achever la Biographie de Jack London par Jenifer Lesieur, intitulé sommairement mais adroitement Jack London, ouvrage ô combien passionnant dont j'éprouve le plaisir de m'épancher virtuellement aujourd'hui. 
Qui entend Jack London, entend souvent "L'appel de la forêt" voire "Croc-Blanc"; vous voyez l'histoire du gentil loup, là. Bon. Bah, c'est un peu comme si on pensait uniquement à "Le corbeau et le renard" pour résumer toute l'oeuvre de La Fontaine. Incomplet / Inexact / Approximatif ! Quant on a affaire à du bon gros talent, comme celui de London, l'un des plus grands auteurs de la littérature américaine, à mes yeux. Et surtout, absolument pas un auteur estampillé jeunesse! (savoir que les oeuvres sus-citées sont des extraits publiés et non les récits initiaux, bien plus trash).
Jack London, qui par ailleurs ne s'appelle pas Jack London (il faudra lire sa bio pour en savoir plus, je vous vois venir, fainéants), a vécu 1000 vies en 1 très courte. Un aventurier, un vrai. Ouvrier, marin, pilleur d'huîtres, journaliste, bourlingueur, clochard, socialiste utopiste, fermier et par dessus tout, écrivain. De ceux pour qui écrire n'est pas un choix, mais une respiration, une nécessité, un destin. 
La vie de London m'a toujours impressionné. Le bonhomme passionné, la vie sans relâche, tout est brut chez London, l'existence ne va pas de soi. 
Son chef d'oeuvre absolu "Martin Eden" est une oeuvre autobiographique qu'il faut lire. Vraiment. C'est sa vie. Martin, son double littéraire. L'auto-apprentissage au centre d'une vie où il a fallu en vouloir sacrément pour ne pas mal finir.
En fait, Jack London me plait pour sa lucidité. Sa biographie le dit, l'école de Jack London c'est ça: être lucide, voir la cruauté de ce monde, relever ses manches quand même et se jeter dans la réalité avec appétit. 
La fonction propre de l'homme est de vivre, non d'exister. Je ne perdrais pas mes jours à essayer de les prolonger, je veux brûler tout mon temps, avoue London. Il a tout brûlé en quarante ans.. et s'est éteint. 
Mais quand on le lit, ça chauffe encore les doigts.


27 juin 2013

TRACAS-STROPHES

                                                                                                          Credit photo Giovanni Cittadinesci
Après XU (n.m: Objet bien rangé mais où?) et OZU (n.m: Objet qu'on vient de retrouver et qu'on perd aussitôt), voici UGZU (n.m: urne dont on ne sait pas quoi faire une fois les cendres dispersées). Dix années après le premier tome du Baleinié (Dictionnaire des tracas de la vie quotidienne) qui accompagne chacune de leur pièce, nos trois comparses, je cite, Christine Murillo, Grégoire Oestermann et Jean-Claude Leguay sont de retour pour nous conter petits bonheurs passagers et grands tracas du quotidien. 
Pendant 1h20, ils dissèquent les moments les plus cocasses de nos existences et les classent en deux catégories: joies furtives et contrariétés banales mais déplaisantes. De ces listes découlent l'invention farfelue d'un nouveau mot les désignant; on a donc une carquinade j'ai nommé "l'histoire drôle où tout le monde rit, mais où finalement tout le monde avait compris autre chose". Un embouteillage trop fluide pour pouvoir se remaquiller? Ce sera l'afabassu. S'en suivent des grands discours sur les phrases qu'on ne dira jamais: "J'ai vraiment été déçu par l'Antarctique."; "C'est un peu large, vous l'auriez en 34?" et autres "Je m'appelle Noémie". C'est absurde, mais si drôle. Impossible de se lasser de leurs jeux de mots et boutades un peu intellos (de loin seulement..)
Rire, presque nerveusement, à chaque nouveau calembour est un plaisir utile et nécessaire au moins 1 fois l'an; je le recommande vivement! Poursuivre chez soi avec la lecture du Baleinié (tome 1, 2, 3 et 4) et vous voilà pourvu d'au moins 7 équinoxes de vie supplémentaire, foi d'Hirsute.
Sur ce, je vais tenter un double-riquesta: tentative d'aplatissement extrême pour se glisser entre deux tables de restaurant, voire un ousse-double-riquesta: ... avec gros manteau ou gros fessier, et m'extraire de ce labo. 
Mes hommages, et filez vite au Rond Point! -au lieu de traîner sur l'internet-...

> jusqu'au 30 juin au Théâtre du Rond Point




9 juin 2013

INFINIMENT






On en entend parler à gauche, à droite. Tiens, au milieu aussi. Fauve nous crève les tympans depuis quelque temps, et personnellement je n'en suis pas encore tout à fait remise. Pas remise de leur talent; pas remise de ce combo "spoken words / mélodies electro-lancinantes" un peu ban(c)al mais qui parait surgi de nulle part. Ils ne ressemblent à personne; ils ont crée leur maelström: une créature un peu féroce et très fragile, la Vie quoi. L'insigne qui les représente pose parfaitement bien le sujet: leur différence. Déjà, Fauve est un collectif, pas un "groupe".
On a affaire à du brut de décoffrage: de l'urgence de vivre, du besoin de crier; de l'envie de jouir de tout et de rien; ici maintenant, demain et pour toujours. Les textes, pour peu qu'on soit un peu sensible aux mots et aux maux, sont si percutants et incisifs que ça pique un peu. Mais on en redemande... Fauve, la grosse bête, nous saute au visage et nous brûle les yeux, comme le fauvisme en son temps.
Fauve a été attrapé par un buzz médiatique plutôt impressionnant depuis le printemps de Bourges 2012; des propositions de label en veux-tu en-voilà; des tapis rouge qui s'empilent; des scènes archi-complètes. Mais nos garçons semblent garder la tête froide et tracent leur route, à la hussarde. Petit EP sorti, sans fioritures aucune. Succès grand public et professionnel; jusqu'où iront-ils...? En attendant, va-t-il falloir que je me fende d'un aller-retour à Blois fin juillet pour enfin avoir le plaisir d'apercevoir la queue de la bête frétiller sur scène? 
Trompe-toi / Sois imprudent / Tout n'est pas fragile / N'attends rien que de toi / Parce que tu es Sacré / Parce que tu es en Vie / Parce que le plus important n'est pas ce que tu es mais ce que tu as choisi d'être 
Finalement, oui, Fauve est désespérément optimiste.

> en concert un peu partout mais pas assez près de chez moi



2 juin 2013

ASPIRE


                                                                                    crédit Musee Bourdelle - Roger Viollet
Pléthore d'expositions en ce printemps parisien! (& je m'auto-censure direct sur un quelconque constat météorologique, ne craignez rien)
Dans le flow, survint la piquante opportunité d'aller fouiner vers Montparnasse et de découvrir l'ancienne demeure-atelier (et désormais Musée) d'Antoine Bourdelle, magistral sculpteur (éteint en 1929), dit Le Musée Bourdelle (cqfd). S'y visite: son atelier (encore dans son jus, vraiment splendide); sa demeure (petite, rénovée et pas très crédible), une collection permanente (impressionnante, à voir), un coquet jardin abritant un chat rouquin et, des expositions temporaires. Bourdelle Dessins de jeunesse - le broyeur de sombre est donc une exposition éphémère, que vous pouvez d'ailleurs laisser décéder tranquillement dans son coin. (suffit d'attendre début juillet pour ça). 
Effectivement, ladite exposition m'a un brin déçue. Elle retrace des années d'expérimentations, d'aspirations et de recherches du jeune Bourdelle, qui, le pauvre "broie du noir" au propre comme au figuré. Sombre et obscure qualifient donc l'ensemble de l'iconographie présentée dans cette pièce (car oui, l'expo fait 30 mètres carrés, c'est donc plutôt minimaliste). Chaussez votre plus belle monture (oculaire j'entends) et approchez vous très très près. Alors c'est vrai qu'Antoine se dévoile pas mal dans cette exposition, et bravo pour le geste. Le très intime pointe son oeil noir dans ses dessins: la disparition de sa mère, ses propres angoisses, l'inspiration, la mort sont très présentes et donnent du relief a une personnalité déjà sensible. Mais l'ensemble est à mes yeux ni valorisé ni assez explicité. Dommage.
Seule éclaircie dans la chambre noire du jeune Bourdelle: son obsession pour sa dite ressemblance avec Beethoven. Plusieurs portraits de lui en attestent, et on ne peut nier qu'il a un air du compositeur; même s'il force un peu le trait dans la posture. Mais cette identification interroge un peu quand même, Bourdelle complètement mégalo? La folie des grandeurs qui s'exprimera bientôt dans l'immensité de ses oeuvres sculptées.

> jusqu'au 7 juillet 2013 au Musée Bourdelle